Fin 2024, j'apprends que je suis lauréat de la Bourse Ghislaine Dupont & Claude Verlon, décernée par RFI à des professionnels africains des médias. Ce prix ouvre une porte que peu de techniciens radio ivoiriens ont franchie : deux semaines à l'Institut National de l'Audiovisuel (INA) et deux semaines dans les studios de Radio France Internationale, au cœur de la Maison de la Radio à Paris.
À ce moment-là, j'ai derrière moi plus de dix ans de terrain. L'installation de la première radio de Kong, six ans à Katiola, les projets en développement Radio. Je ne pars pas à Paris comme un débutant. J'y vais pour voir comment les meilleurs font — et pour comprendre ce que je peux ramener.
La formation à l'INA commence le 20 janvier. Première surprise : on ne me met pas devant un logiciel en mode tutoriel. On me met devant un vrai projet, avec de vrais exercices, dès le premier jour.
Pro Tools d'abord. Je connaissais Adobe Audition, que j'utilise au quotidien. Pro Tools est d'un autre ordre — une machine de précision pensée pour les studios professionnels. Le premier exercice : découper et monter un ancien enregistrement. Le deuxième : simuler un entretien téléphonique avec compression sur une voix et réverbération sur l'autre. Ce sont des gestes simples, mais la qualité du rendu change tout.
La console YAMAHA QL1 ensuite. Quatre jours sur cette console numérique. J'ai appris le schéma complet du signal : entrée (XLR, DANTE, SLOT, AES) → traitement → mixage → sorties. Mais surtout, j'ai travaillé un exercice qui m'est resté : configurer trois consoles connectées via un switch pour simuler un concert. Console 1 pour la diffusion publique, Console 2 pour les retours musiciens, Console 3 pour le recording et le streaming simultanés.
Ce type de configuration n'est pas courante dans nos radios africaines. Mais comprendre la logique — séparer les flux, anticiper les pannes, penser en redondance — m'a donné une grille de lecture que j'utilise encore aujourd'hui dans mes déploiements.
Le tournage cinéma enfin. Quatre jours sur un tournage avec de vrais comédiens. J'ai joué le perchman, le mécanicien de voiture, le journaliste qui interviewe une artiste brésilienne. La chaîne de matériel — SoundDevices 633, micros Wisycom HF, perche, synchronisation timecode — m'était partiellement familière. Ce qui était nouveau, c'est la rigueur du protocole : chaque élément configuré dans le bon ordre, chaque câble vérifié, chaque batterie comptée. "Tout ce qui peut mal tourner tournera mal" — cette règle s'applique encore plus au tournage qu'à la radio en direct.
Le 13 janvier, dès le premier jour à France Médias Monde, on me présente les outils du quotidien de RFI. Sept systèmes en une matinée. Pas de temps perdu.
Ce qui m'a le plus marqué dans ces outils, c'est leur intégration. Un papier créé dans CoEd transite vers Nétia en quelques secondes. L'archive est accessible depuis MAMA sans changer d'interface. La conduite du TCR et le conducteur du journaliste sont synchronisés. Tout le monde voit la même information, au même moment.
C'est exactement ce que j'essaie de reproduire dans ConductR — ce flux d'information fluide entre les différents rôles d'une rédaction. Voir comment RFI l'a résolu à grande échelle a confirmé que la direction est bonne. La différence, c'est l'échelle et le budget. Pas la logique.
« BACH, l'interface back-office du site web de RFI, a été développée avec Symfony — précisément le framework que j'utilise dans tous mes projets. Ce détail m'a procuré une satisfaction inattendue : je n'étais pas si loin des standards internationaux. »
Je serais malhonnête si je disais que ce stage m'a tout appris. En vérité, dix ans de terrain m'avaient déjà donné une base solide. Ce que RFI et l'INA ont changé, c'est la précision de mon regard.
J'ai compris la différence entre un workflow qui fonctionne et un workflow qui est robuste. Entre une interface qui fait le travail et une interface qui empêche les erreurs. Entre un technicien qui connaît ses outils et un technicien qui comprend pourquoi ces outils ont été conçus ainsi.
J'ai aussi confirmé quelque chose que je pressentais : nos radios africaines n'ont pas besoin de reproduire RFI. Elles ont besoin de s'en inspirer pour construire leurs propres standards — adaptés à leurs contraintes, à leurs équipes, à leurs auditeurs. Le modèle RFI a été conçu pour une radio mondiale avec des ressources mondiales. Notre défi, c'est de produire le même niveau de rigueur avec des moyens différents. Et c'est là que l'ingéniosité du terrain prend tout son sens.
« Le terrain m'a appris la discipline. L'international m'a appris la précision. Ensemble, ils ont construit une conviction très simple. »